Zenly ou pourquoi la géolocalisation a de l’avenir

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Zenly ou pourquoi la géolocalisation a de l’avenir

La startup Zenly a beaucoup fait parler d’elle ces derniers jours : elle vient de lever 20 millions d’euros—une somme que peu d’entrepreneurs français parviennent à lever—auprès d’investisseurs américains réputés, dont Benchmark Capital (qui a investi dans Twitter, Instagram, Snapchat et Uber).

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L’application permet à des groupes d’amis (ou des familles) de se géolocaliser entre eux avec une très grande précision (au mètre près) en se basant sur les cartes de Google et d’Apple. Habituellement, la géolocalisation vide rapidement les batteries des téléphones mobiles. Mais Zenly se distingue en étant économe en énergie.

L’application est déjà utilisée par 2 millions de personnes dans 186 pays. La France fait partie de ses 10 marchés les plus importants. Comme beaucoup d’applications mobiles encore en croissance, elle n’a pas encore de modèle d’affaire viable. Mais Zenly est néanmoins susceptible de trouver plusieurs modèles prometteurs. La géolocalisation a déjà changé nos habitudes et transformé plusieurs marchés : elle a par exemple donné un essor spectaculaire au marché des VTC. Mais nous ne sommes en réalité qu’au début d’une révolution technologique, dont nous n’imaginons pas encore tous les débouchés.

Présentée à tort comme un “gadget” ou un danger par les technophobes, la géolocalisation, longtemps limitée par son imprécision et sa forte consommation énergétique, ouvre en réalité un grand nombre de nouvelles possibilités. La valeur créée par la géolocalisation de précision pourrait à terme faire de Zenly l’un des rares géants français de l’économie numérique.

La géolocalisation et ses détracteurs

Les médias ont majoritairement salué le succès de Zenly. Mais une tribune parue dans le quotidien Libération a au contraire mis en avant le fantasme orwellien de l’omni-surveillance : l’auteur appelle de ses voeux un monde low tech où l’on retournerait aux “vraies” valeurs de la nature. Le titre de l’article, “Apprenons à dire stop !”, illustre assez bien les freins culturels auxquels les startups françaises sont fréquemment confrontées :

Mais ces derniers doivent aussi s’interroger sur les finalités de ces avancées technologiques. Pourquoi toujours plus vite ? Pourquoi toujours plus de précision ? «T’es où ? T’es où ?» Si la CNIL a édicté des préconisations sur la géolocalisation des travailleurs, quid des données personnelles ? Pourquoi acceptons-nous volontairement ce fil à la patte qui s’apparente à un véritable «flicage» ? Notre «sécurité», notre «bien-être» sont-ils vraiment à ce prix ? La technologie en soi n’est pas le problème mais la question de l’utilisation des données issues de la technologie l’est. Oui, on peut s’opposer aux logiques et aux dispositifs de contrôle de l’ordre social et de l’espace. Oui, on peut se retrouver dans une foule sans téléphone portable ! Une particularité vestimentaire ? Un cri de ralliement ? Se retrouver au pied du tilleul qui perd ses feuilles ? Oui, acceptons de réapprendre à nous perdre. La technologie parfois bride l’espace, nous rend aveugle. Ouvrons les yeux. Repartons à la découverte de nos environnements urbains, ruraux, maritimes.” (Libération, 28 septembre)

Si la question de l’utilisation des données personnelles est parfaitement légitime, l’article révèle une vision limitée des applications de la géolocalisation. La géolocalisation est un facteur d’appariement en temps réel qui permet de gagner en productivité et en précision et de transformer profondément l’expérience client dans de nombreux domaines comme la mobilité (la prise en charge des passagers par les chauffeurs de VTC), le commerce de détail (qui n’a pas rêvé d’être mieux orienté dans un immense centre commercial ?) ou la logistique urbaine (pourquoi ne pas être livré là où vous êtes plutôt que systématiquement à votre domicile ?).

La géolocalisation n’est pas un gadget

Avec la géolocalisation, la notion de “flux tendus” (lean) prend un tout autre sens, tant la localisation des personnes et des biens permet d’optimiser les processus : la réduction des coûts logistiques, par exemple, est telle qu’elle est l’un des facteurs qui permet la “relocalisation” d’industries jusqu’ici délocalisées en Asie. La géolocalisation permet aussi de maximiser le taux d’utilisation de ressources inutilisées : par exemple, si l’on sait localiser un camion vide au retour de son trajet chez un client, on peut lui proposer un léger détour pour prendre en charge la marchandise d’un autre client.

Le service que rend aujourd’hui Zenly n’est qu’un faible avant-goût des utilisations potentielles futures. Les fondateurs de la startup en sont convaincus, et cela explique pourquoi ils poursuivent un objectif de croissance avant de trouver un modèle d’affaire… Ce que l’histoire de l’économie numérique nous montre, c’est que les utilisateurs cèdent leurs données personnelles avant tout lorsque cela leur permet d’accéder à un service de grande qualité auquel ils n’auraient pas accès sans cela. Le positionnement stratégique que vise Zenly est celui d’un opérateur capable de géolocaliser ses utilisateurs en temps réel dans plusieurs cas de figure : lorsqu’on cherche à retrouver un membre de sa famille, mais aussi pour prendre rendez-vous avec un chauffeur rencontré sur BlaBlaCar ou pour se faire livrer un colis par Amazon dans le restaurant où l’on déjeune ce jour-là. Bien sûr, des gardes-fous doivent être mis en place pour assurer la confidentialité de nos données de géolocalisation. Mais on peut compter sur une startup soucieuse de bien servir ses utilisateurs pour les imaginer et les opérer sans que cela dégrade la qualité de l’expérience.

Pourquoi Zenly pourrait devenir un géant de l’économie numérique

Il est rare que des investisseurs américains investissent autant dans une startup française. Ils préfèrent en général que cette startup s’installe préalablement aux Etats-Unis avant de rentrer à son capital. Mais la firme de capital-risque Benchmark Capital a détecté dans Zenly un tel potentiel qu’elle a préféré ne pas attendre. D’autres investisseurs, comme le Français Xavier Niel et les fonds d’investissement Idinvest et Insight Venture Partners, ont également investi.

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Peter Fenton, associé gérant de Benchmark Capital, ne cache pas son ambition pour Zenly : “la possibilité de voir où sont vos amis ouvre un monde de nouveaux produits possible, qui, si leur réalisation est bien exécutée, pourraient faire de Zenly, l’une des plus grandes sociétés du numérique”. La concurrence de Google, Apple et Uber promet d’être rude car ils ont mis leurs ingénieurs au travail pour développer des applications similaires. Mais le très sérieux média du monde de la tech, TechCrunch, se montre optimiste sur les chances de Zenly : “Ceci n’est pas une simple application de check-in, ni seulement une application pour trouver ses amis. Cela va bien plus loin que cela”.

Digital Marketing Officer chez WillBe Group. Diplômée HEC, agrégée d'anglais, Laetitia a enseigné la politique américaine à Sciences Po et se spécialise aujourd'hui dans les questions relatives à l'innovation, la transition numérique de l'économie et le futur du travail et des organisations. Elle est l'auteur, avec Nicolas Colin, du livre "Faut-il avoir peur du numérique ?" paru chez Armand Colin en 2016. @Vitolae

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