Assurtech, ou comment intégrer la chaîne de valeur des acteurs traditionnels de l’assurance

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Assurtech, ou comment intégrer la chaîne de valeur des acteurs traditionnels de l’assurance

Les frontières se réduisent et les fournisseurs de services télématiques intègrent la chaîne de valeur des acteurs assurantiels traditionnels

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Le marché mondial de la télématique, nom générique définissant une technologie à la croisée de l’informatique et des télécommunications, ne cesse de croître, à un taux de croissance annuel moyen de 25% depuis 2012. Principal vecteur d’innovation technologique avec 105 millions de voitures connectées d’ici 2025, le monde automobile fait office de pilote pour la compréhension et la maîtrise de cette technologie d’envoi, de réception et de traitement de données Machine to Machine.

En étudiant de plus près le marché, on comprend l’engouement des industriels : le cabinet Roland Berger estime à 120 Md€ le chiffre d’affaires du marché mondial lié à la voiture connectée et ses services environnants (ventes exclues) en 2018, un chiffre qui pourrait même atteindre les 275 Md€ en 2025. Au regard des volumes, la structure géographique de cette économie est aujourd’hui très inégale ; bien que les Etats-Unis et l’Asie en soient les marchés les plus importants aujourd’hui, l’Europe aura à l’avenir sa carte à jouer puisque les changements de règlementation déjà engagés en faciliteront l’expansion.

Face à de telles opportunités, constructeurs automobiles, opérateurs télécom, fournisseurs de boîtiers électroniques, intégrateurs de plateforme informatique de réception, de traitement et de restitution des données, spécialistes du middleware, experts en exploitation de données (GAFA – Google, Apple, Facebook, Amazon – et autres professionnels de la donnée) et compagnies d’assurance se livrent en coulisses une bataille rangée autour de la propriété et surtout de la monétisation de la donnée.

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Il est nécessaire de faire évoluer les modèles économiques et de créer des alliances stratégiques dans cet écosystème en pleine mutation

La maîtrise de cette nouvelle technologie confronte les assureurs à un nouveau défi : adapter rapidement leurs offres pour prendre en compte les changements des modes de consommation (Airbnb, Blablacar, Autolib, Booking, etc.). N’avez-vous jamais pensé à conduire votre propre voiture comme vous utilisez le bus ou le train, en payant tout simplement à la consommation ? L’intégration du service Pay-as-you-drive (payez selon votre conduite) nécessite bien plus que la mise à disposition d’un boîtier contenant une puce GPS et un algorithme informatique. L’objectif est de personnaliser l’offre en fonction des attentes et besoins de chaque assuré (usage, fréquence d’utilisation, identité) au sein d’une organisation opérationnelle souple et efficace.

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A travers la télématique, les assureurs se voient offrir un large éventail d’optimisation-tarification, de détection de fraude, de processus d’automatisation et de digitalisation – leur permettant d’anticiper et de maitriser avec une plus grande précision la prédiction des risques et, par là même, leurs résultats financiers. La personnalisation de l’offre constitue la pierre angulaire de ces améliorations, rendant essentielle la capture de données pertinentes et la création de modèles analytiques éprouvés sur des plateformes agiles et robustes.

Toutefois, l’atteinte de ces objectifs nécessite d’abord de contourner quelques contraintes persistantes :

  • Economiques : aucun des acteurs du marché n’est en mesure de proposer un modèle économique efficace de bout-en-bout.
  • Culturelles : les consommateurs restent méfiants à l’égard des dispositifs embarqués (syndrome du big brother et de l’atteinte à la vie privée).
  • Technologiques et financières : le volume sans cesse croissant de données comportementales à traiter amène à la disparition de l’ère de l’application-reine. De nouveaux investissements IT sont à prendre en considération, en effet de nouvelles architectures de plateformes seront à dessiner pour faire face à l’explosion des volumes de données et à la complexité de leur gestion. Les services applicatifs deviendront probablement sous peu des produits de consommation disponibles dans le e-commerce (modèle type Apple store). Les rôles des applications et des données vont ainsi s’inverser, les données devenant la plateforme qui supporte les services applicatifs.

Internet of things

Afin de maîtriser l’exploitation de ces données, certains acteurs traditionnels à l’image d’Axa, Covéa et Cardif se sont lancés dans la modernisation de leurs systèmes d’information et le développement de partenariats stratégiques avec des fournisseurs de services télématiques.

Nombreuses sont les entreprises qui illustrent ce phénomène :

  • AXA propose ainsi des compétitions de Data Science, à l’image du challenge « Big data » sur les données télématiques collectées auprès de ses assurés, sur sa plateforme dédiée Kaggle.
  • Direct Assurance, la filiale d’Axa, propose son application YouDrive ouverte à tous et évaluant la conduite automobile de ses utilisateurs.
    A chacun sa stratégie, Amaguiz utilise quant à elle les dernières avancées en matière d’objets connectés pour commercialiser son boîtier Pay-as-you-drive « plug and play ».
  • Aioi Nissay Dowa Insurance – plus connu sous son nom commercial de Toyota Assurance – a ainsi récemment fait l’acquisition de la start-up spécialisée Insure the Box, leader anglais de la télématique avec son produit « Drive Like a girl« .

Le marché français de l’assurance automobile reste, quant à lui, excessivement compétitif, notamment en termes de prix, limitant ainsi les marges de manœuvres des assureurs. Gageons néanmoins que les investissements effectués permettront à terme d’éprouver les technologies mises en place et d’adapter alors les offres sur d’autres segments d’activité tels que la santé où la bataille des objets connectés et de la data a déjà commencé…

Manager chez WillBe Group, Martin intervient en banque et assurance depuis 10 ans. Il a participé aux différents défis de mutation de ces secteurs : vision client unique, intégration front to back-office, centres de services partagés, et intégration des nouvelles innovations Fintech, économie de partage, méthodes de financement alternatives, et approche marketing personnalisée et géolocalisée

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